Travail en perruque

Le travail en perruque est l'utilisation du temps de travail ou des outils de travail par un utilisé pour effectuer des travaux qui ne correspondent pas à ceux pour lesquels il est payé.



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  • Si le terme de perruque est le plus commun, il est loin d'être l'unique terme pour désigner cet objet réalisé pour soi durant le temps de travail, ... (source : cths)

Le travail en perruque est l'utilisation du temps de travail ou des outils de travail par un utilisé pour effectuer des travaux qui ne correspondent pas à ceux pour lesquels il est payé. Cette activité répond le plus souvent à des objectifs personnels, et elle est quelquefois connue et acceptée par l'employeur.

Concept

Denis Poulot, un ancien contremaître devenu patron, explique dans son ouvrage Le sublime parut en 1870[1] : «faire une perruque, c'est travailler pour soi.»

Dans Le parler des métiers[2], Pierre Perret définit le travail en perruque comme un «bricolage personnel fait à l'atelier, au détriment de l'entreprise Michel Anteby[3] résume le travail en perruque à « la production en usine d'objets à usage personnel, réalisés sur temps de travail ».

Robert Kosmann définit la perruque comme : «L'utilisation de matériaux et d'outils par un travailleur sur le lieu de l'entreprise, au cours du temps de travail, dans l'objectif de fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production régulière, de l'entreprise». C'est , ici, une forme de résistance à un travail aliéné, par la réappropriation d'un savoir faire professionnel récupéré sur le temps et les matériaux du patron.»

Origine

L'expression «travailler en perruque», et le mot «perruque» pris dans le sens de travail fait « en douce », maquillé, datent du XIXe siècle. Ces expressions ont probablement un lien avec la perruque de faux cheveux, le postiche, mais l'étymologie du mot perruque est elle même incertaine, selon Alain Rey[4].

Le mot «perruque» a lui même plusieurs significations, selon les métiers. Pour un coiffeur, c'est un postiche, pour un pêcheur, c'est une ligne emmêlée, pour un bijoutier c'est un amas de fil de fer sur lequel il soude. Pour un plombier c'est la filasse qui permet de « étanchéifier » les filetages, « de la blonde » selon Pierre Perret.

Toutes ces utilisations du mot perruque décrivent un objet assez confus, qui a des applications conçues pour masquer quelque chose, complexe à décrire.

Expressions équivalentes

Le travail en perruque peut aussi s'appeler, selon Étienne de Banville[5], « travail en sous-sol », « travail de la main gauche », « travail en douce », « travail masqué ». Cette dernière expression est différente du « travailler en temps masqué », qui se réfère à une opération de fabrication réalisée en parallèle d'une autre opération, et dans un temps inférieur ou égal à celle-ci.

Certaines régions emploie un autre terme à la place de perruque : « bricole » à Nantes ainsi qu'à Montbéliard, « casquette » à Tulle, « pinaille » à Sochaux-Montbéliard, etc.

La perruque en quelques exemples

Ce type d'utilisation détournée du temps de travail touche un large panel de secteurs d'activité et d'entreprises Les grandes entreprises manufacturières sont concernées, en particulier dans des domaines comme la construction navale, la construction automobile, ou l'aéronautique. Il ne se limite pas aux secteurs de l'industrie lourde, et touche aussi par exemple le milieu informatique : ce type d'activité était par exemple assez commune au sein de la compagnie Apple dans les années 1990, les ingénieurs poursuivant le développement de projets refusés par la direction, dans l'espoir d'une réévaluation[6].

Dans le métier de la pêche, il existe une pratique proche du travail en perruque, qui est « faire de la godaille ». Le patron pêcheur laisse à ses marins les produits de la pêche, poissons, crustacés, coquillages qui présentent des défauts, une patte en moins, une araignée faible et qui ne seraient pas vendus à la criée. L'opération s'effectue au cours du tri, et se différencie de la perruque par le fait qu'elle est ouvertement acceptée par le patron. Seuls les critères de tri sont sujets à controverse. Le poids de la godaille est réglementé. C'est une utilisation tolérée des rebuts, des chutes, comparable à ce qui est admis dans l'industrie.

Alain Rey cite aussi la perruque d'État comme le détournement du matériel de l'État (1858). Ce type d'activité relève plutôt actuellement de l'abus de biens sociaux.

Les relations entre perruqueurs et perruqués

C'est le sujet principal de la thèse de Michel Anteby : l'étude des interactions semi-clandestines en usine[3].

Les autres formes de « travail dissimulé »

On ne peut pas considérer que le travail au noir, ou le travail clandestin soient des travaux en perruque, dans la mesure où il n'est pas réalisé sur son lieu de travail habituel, pour le premier, et fait sous la direction d'une organisation, pour le second.
Attribuer, imputer les heures passées à l'étude d'un projet à un autre projet, c'est en quelque sorte travailler en perruque sur une affaire au détriment d'une autre. Ce n'est pas une véritable perruque, car ce n'est pas travailler pour soi.

Cette manipulation est le plus souvent réalisée lorsque un projet a été sous-évalué [7].

Notes et références

  1. Le sublime, Denis Poulot, édité par La commune, 1870
    Question sociale. Le sublime, ou le travailleur comme il est en 1870, et ce qu'il peut être. Introduction d'Alain Cottereau, édité par Maspero, 1980
  2. Le parler des métiers, Pierre Perret, Robert Laffont, 2003, ISBN 2221096444.
  3. Michel Anteby, La « perruque » en usine : approche d'une pratique marginale, illégale et fuyante, revue Sociologie du travail, 2003, vol. 45, no 4, pp. 453 à 471.
  4. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, 1992, Dictionnaires LE ROBERT, ISBN 2850361879
  5. Etienne De Banville, L'usine en douce - Le travail en « perruque », L'Harmattan, 2001, ISBN 2747507874.
  6. Tristan Nitot, Le travail en perruque chez Apple, selon The Graphing Calculator Story, Ron Avitzur.
  7. Jean Lojkine et Jean-Luc Maletras, Le temps de travail informationnel : des mesures incertaines et contradictoires, p. 11 [1]

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 28/10/2010.
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